Le poisson zèbre

Un poisson zèbre en vadrouille

Kentucky blues


Il y a près de 20 ans, j’ai passé un été à Louisville, Kentucky. Grâce à une bourse de ma ville universitaire d’alors, Montpellier, j’ai travaillé plus d’un mois dans une entreprise de chimie où je devais traduire des notices techniques de l’anglais au français, à destination de leurs succursales canadiennes.
Même si j’avais plusieurs fois séjourné aux Etats-Unis les années précédentes, ces semaines au Kentucky ont été très spéciales et m’ont sans doute marquée d’une façon toute particulière.

C’est notamment la première fois que j’ai réalisé que, contrairement à ce qu’on entend tout le temps, si les américains sont sympas au premier abord, ce n’est pas parce qu’ils sont « intéressés » (le leitmotiv européen radoté sans relâche de Stockholm à Nice).

Si c’était vrai, comment expliquer le premier contact avec le chauffeur de mon bus, avec qui j’ai discuté tous les jours par la suite, et dont je me souviens encore? Comment raconter l’accueil des gens de la boîte et les grosses parties de rigolade?

Comment oublier les concerts, les magasins de musique où j’ai découvert ceux qui allaient devenir mon groupe préféré, à savoir R.E.M., et puis les babas cool du coin, dont ma « famille d’accueil du week-end » qui se limitait à une avocate géniale fan des Grateful Dead et du Creedence Clearwater, qui arbora fièrement le minable Tshirt Tye-Dye que je lui ramenai l’année suivante?

Comment oublier le responsable des pompiers qui, TOUS LES MATINS, me rappelait de lui envoyer une caisse de Coca français, « parce que figurez-vous que le Coca-Cola n’a pas le même goût partout! » (je sais maintenant que ça vient plus du sucre utilisé que de la nature de l’eau…).

Mais le Kentucky c’est compliqué. C’est déjà le Sud, c’est la grande classe au « Meat Market », la boîte à la mode où les filles de 20 ans rivalisent de vulgarité dans leurs robes de pouffes et leurs maquillages Dallassiens. C’est la dame qui attend le bus et qui me dit « ah oui, Paris, la France… c’est où déjà, en Floride non? ».
Ce sont les relents racistes, très racistes même, qui font qu’une personne adorable, qui partage son travail, ses soucis et ses joies avec des collègues noires au travail, est capable d’interdire à son fils de fréquenter une « négresse », si tant est qu’il en aurait eu l’idée en étant élevé dans cette charmante famille.

Le Kentucky, terre de chevaux et de poissons chats, est un terrible mélange mais c’est aussi ça l’Amérique, en tout cas une partie.
Pourquoi je vous parle de ça aujourd’hui? A cause du vote démocrate je suppose, à cause du meeting de la National Rifle Association à Louisville, où les candidats républicains ont dégommé du démocrate comme au stand de tir de la foire. Et pourtant on ne peut pas faire sans le Kentucky, ou sans aucun autre état de l’Union.

En partant, je vous laisse avec le Boss, qui a décidé de rendre public son soutien à Obama car
« He has the depth, the reflectiveness, and the resilience to be our next President. He speaks to the America I’ve envisioned in my music for the past 35 years, a generous nation with a citizenry willing to tackle nuanced and complex problems, a country that’s interested in its collective destiny and in the potential of its gathered spirit. A place where « …nobody crowds you, and nobody goes it alone. »


(la suite sur le site de B. Springsteen: http://www.brucespringsteen.net/news/index.html )

Encore une fois, je suis profondément émue de voir que quelqu’un qui a bercé (au vrai sens du terme) tant de mes années de lycée et de facs soit aux côtés du phénomène Obama.

Désolée pour Woody Guthrie, mais je préfère la version du Boss, de « This land is your land » (les paroles sont dans le premier commentaire).

mai 21, 2008 Posted by | Uncategorized | 7 commentaires