Le poisson zèbre

Un poisson zèbre en vadrouille

Hanif Kureishi: « Watchaaaa!! »

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« La culture et la tendance à s’abandonner aux sens paraissent parfois bien proches. Les fondamentalistes religieux le savent, impossible de dissocier l’art du corps. La culture attaque toutes les certitudes et la pauvreté culturelle génère une forme de pauvreté délibérée. Mon père, en écrivant régulièrement et en restant déterminé à se faire publier, préservait une forme d’expression. »

Il y a deux mois, j’achète “Contre son Coeur” de Hanif Kureishi, parce qu’il y a marqué “Prix France Culture” dessus. A part ça, je n’en ai jamais entendu parler. Je ne le lis pas, je le met de côté, comme je fais souvent. Il y a deux semaines, je re-vois “My beautiful laundrette” à la télé, et re-comprend pourquoi j’adore ce film. Il n’y a guère plus d’une semaine, je m’aperçois que c’est Stephen Frears qui est le president du jury du festival de Cannes. Je me dis “ah ben tiens, c’est pour ça qu’ils ont repassé My beautiful laundrette”. Et puis, depuis deux semaines environ, depuis le 6 mai au soir pour être exacte, j’écume tous les livres qui trainent à la maison et que je n’ai pas encore lus. “Contre son Coeur” débarque après trois autres romans. Au fur et à mesure de ma lecture, je m’aperçois que son auteur, ce type dont je n’arrive pas à retenir le nom, est hors du commun. Arrivée au milieu du bouquin, il se met à parler de My beautiful Laundrette. Bon, je me dis qu’il l’aime bien aussi, ça doit être un type bien. Et puis au bout des deux tiers, je me dis “non mais il en parle tout le temps quand même, et puis de Stephen Frears aussi!”. Alors je lis la rubrique “Du même auteur”, et paf, bien évidemment je vois “My beautiful Laundrette”, “Sammy et Rosie s’envoient en l’air” etc… Je me sens comme prise dans un traquenard, presque un “crucible” comme disent les étudiants en litterature américains. Donc j’en parle, parce que je peux pas faire autrement, et parce qu’il faut que ça sorte, tellement c’est formidable.

“Contre son Coeur” est le récit d’un fils qui raconte les ambitions littéraires de son père, un employé de l’ambassade pakistanaise à Londres, écrivain assez raté et casse-pied avec sa famille, il faut bien le dire. L’occasion de parler de la communauté indo-pakistanaise, de sa vie en Inde, au Pakistan puis en Angleterre. La vie des parents, mais aussi du fils, qui lui, sera un écrivain reconnu et même célèbre (sauf pour moi, passons…). L’Angleterre tatchérienne, la fascination/repulsion pour le mouvement punk, les difficultés des “immigrés” pakistanais à se faire accepter (même ceux qui sont nés à Londres), et surtout les histoires de famille, à la fois tendres et ambiguës. Mais “Contre son Coeur” est avant tout un document sur l’expérience de l’écriture, celle de Kureishi en tout cas:

 « Au départ, on exprime des inquiétudes à demi conscientes, des craintes quotidiennes derrière lesquelles se dissimulent une force affective considérable qui pourrait passer pour de l’inspiration. Il vous faudra peut-être un moment pour déterminer si vous avez envie de modeler ce matériau jusqu’à en faire quelque chose d’achevé ou bien si votre enthousiasme s’évaporera à mesure que l’angoisse se dissipera et que d’autres histoires la remplaceront. Je m’aperçus que je détestais l’attente et la frustration sur laquelle repose toute forme de créativité. A mesure qu’on avance dans une histoire dont les possibilités se multiplient, le travail devient de plus en plus absorbant, fragmenté et chaotique. On se sent guetté par la schizophrénie à cause du déséquilibre mental qui résulte de l’évocation de ses élans intérieurs – l’amour, la haine, le dégoût, la fureur et la perversion-, incapable de se réveiller d’un cauchemar. On prend en horreur ce qu’on trouve mauvais dans son travail; on déteste le moi qui en est responsable. Comment alors réussit-on à ce que ce matériel soit non seulement une partie de l’oeuvre, mais aussi de soi-même? La réponse se tient dans l’aspect pénible de l’écriture. Organiser le déferlement de matériaux disparates et dérangeants peut déconcerter (…). Tout effort authentiquement créateur requiert un équilibre entre l’envie de terminer l’ouvrage et l’obligation de le laisser évoluer aussi loin que possible, aux confins de la folie acceptable, tout en restant un moyen de communication ».

C’est dense, c’est riche, ça parle philo, littérature et psychanalyse, ça part dans tous les sens tout en sachant revenir, c’est indispensable, ça vient de sortir en poche, et je m’en vais acheteter tous ses autres bouquins en me demandant comment j’ai fait pour passer à côté jusque là. Et ça me fait aussi penser que derrière les grands du cinema, il y a bien souvent des génies littéraires: Kureishi pour Frears, Carver pour Altman, et Arriaga pour Inarritu et Tommy Lee Jones, par exemple. Faut juste pas l’oublier!

“Contre son Coeur”, Hanif Kureishi, Editions Christian Bourgois. Ou en poche en 10/18.

mai 22, 2007 - Posted by | Coups de coeur

6 commentaires »

  1. Quel explorateur ce pz !

    Commentaire par patrick mottard | mai 23, 2007

  2. ouais mais là pour le coup, c’est vraiment le hasard. Ou plutôt, un faisceau de choses et de petis évènements qui convergent sur une découverte. Oui bon, donc en fait, c’est pas du tout du hasard, mais ça m’a frappé. Moi qui, en bonne scientifique bornée, ne croît pas du tout aux « signes », je vais faire une exception! :)))
    Et puis ce que j’ai oublié de dire, c’est que j’adore ces passages entre les différents arts, et le fait que des écrivains peuvent vraiment trouver de l’inspiration dans des arts aussi différents que la peinture, la danse ou le cinéma, et vice-versa. Et quand cette transversalité débouche sur des collaborations, c’est encore plus exaltant. C’est ce qu’il explique très bien dans son bouquin (non seulement il a écrit des scénars, mais aussi des pièces de théâtre et un livre sur un chorégraphe).
    (pareil pour Schnabel au fait, même si son film ne t’a visiblement pas beaucoup plu!! 🙂 )

    Commentaire par lepoissonzebre | mai 23, 2007

  3. salut Clotilde, je viens de voir « my beautiful laundrette », de Stephen Friers, ça m’a énormément plu. Je sais que ce n’est pas un commentaire très constructif, mais étant donné que c’est ton article qui m’a donné envie de le voir, je tenais à te le faire savoir ! Je vais me procurer le bouquin

    Commentaire par Antoine | mai 24, 2007

  4. Je suis bien contente que tu l’aies vu! N’hésite pas Antoine pour les bouquins, je viens d’acheter « Le bouddha de Banlieue » et « Le corps » de Kureishi, mais je ne les ai pas encore lus car je suis dans autre chose. Le screenplay de My beautiful laundrette n’est pas facile à trouver (sauf peut-être pour vous les parisiens), mais sinon il est sur amazon.
    Cela dit je me suis rendue compte que ce type était vachement connu car il a même son nom affiché sur les étagères de la FNAC, et y avait pas mal de bouquins…. J’ai dû rater un train!

    Commentaire par Clotilde | mai 25, 2007

  5. Je viens d’entendre un type qui prétendait que les mécanismes et les processus de la création, qu’elle soit littéraire ou pictural, n’intéressait personne, que ça ne s’expliquait pas, et donc que c’était pas la peine d’essayer d’en parler. On voit à quel point les gens peuvent dire des conneries!!!!!!!!!!!!! Non mais j’vous jure… encore un frustré.

    Commentaire par lepoissonzebre | mai 25, 2007

  6. ça ui pour des conneries c’est des conneries …Y’en a qui ont pas peur quand meme ^^

    Bref . Ton article m’a bien fait rire !!

    Super mélange d’ingenuité et de finesse enthousiaste.
    On a du tout(e)s raté le train Kureishi j’ai li’mpression , mais on l’a rattrapé c’était le destin ; )

    Je suis tombée amoureuse des bouquins de Kureishi il y a quelques années, quand , après avoir entendu Chéreau parler d’ « Intimité » j’ai eu la curiosité d’acheter  » Le bouddha de banlieue » .

    J’ai retenu son nom assez facilement, mais je quand je suis allée à la librairie sur la pointe des pieds, j’ai eu la surprise de constater comme toi qu’il semblait être super connu ( et estimé, ouf ! ), en tout cas de la libraire ^^ qui ne tarissait pas d’éloges et a pu me conseiller sur mon premier roman.
    C’est après seulement que j’ai fait le rapprochement avec my beautiful laundrette que j’avais beaucoup apprécié quelque temps auparavant .
    Apres quelques autres de ses romans, j’ai acheté « Gabiel’s gift » en anglais pour lire sa prose sans intermédiaire, mais j’ai rien compris, et j’ai du le racheter en français , ça m’apprendra à vouloir me la péter ^^ !

    Je suis en train de relire « Le Bouddha de banlieue » ( en français ) en attendant que « Something to tell you » sorte en poche . Je le conseille vraiment c’est super drôle riche, touchant et …bref c’est génial ^^.

    -> Au passage l’adaptation de Roger Michell pour la BBC avec Naveen Andrews est très très bonne. Il ne jouit pas de la réputation de Frears ( que j’adore ), mais il a fait une super adaptation.

    J’arrive pas à trouver « Contre son coeur  » , je suppose qu’il faudra que je le commande …Dans plusieurs bouquins il mentionne les ambitions littéraires de son père , maintenant j’ai envie de savoir ; )

    Commentaire par flo | octobre 2, 2009


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