Le poisson zèbre

Un poisson zèbre en vadrouille

Banlieue Triptyque #3A: Roland Castro

castro.jpgRoland Castro est né à Limoges en 1940, dans une famille juive originaire de Salonique qui échappa à la déportation grâce au maquis communiste. Architecte de formation, il fonde le mouvement Vive la Révolution en 1968 (d’où émergera le MLF), qu’il dissout quelques temps plus tard. En 1981, François Mitterrand lui adjoint Michel Cantal-Dupart et le nomme délégué à la rénovation des banlieues. Un ministère de la Ville est créé quelques années plus tard, dont le bilan sera mitigé, faute de moyens et d’ambition politique véritable de la part du gouvernement. Lorsque Mitterrand nomme Bernard Tapie à la tête du Ministère, Roland Castro démissionne, mais reste plus que jamais impliqué dans la rénovation des banlieues. Parmi ses réussites, la transformation de plusieurs quartiers déshérités des Hauts-de-Seine (et oui, il y en a!) ou de Rouen, quartiers qui restent calmes lors des émeutes de 2005. 

Lorsque Nicolas Sarkozy prétend, en 2005, vouloir nettoyer les banlieues au Kärcher, Roland Castro est de plus en plus convaincu de la nécessité de s’attaquer au problème de l’urbanisation d’une façon réfléchie tout en étant urgente, rationnelle tout en étant inspirée. En 2007, il publie « Faut-il passer la banlieue au Kärcher? » (Editions l’Archipel), où il expose ses idées, après un bref historique des banlieues françaises, mal pensées et mal construites.

« La réflexion sur la construction de ces quartiers de grands ensembles passe toujours en dernier lieu. Après tout, le principal est que chacun jouisse d’un minimum de confort et de beaux logements ensoleillés, propres et lavables. Il n’y a aucune autre question à se poser.(…) L’idéologie moderniste simplifiée dédouane les architectes de la véritable création et de ses angoisses inhérentes (…), beaucoup d’argent en jeu pour un minimum d’investissement intellectuel ».

Ces dérives font suite, notamment, à l’établissement de la charte d’Athènes, un texte rédigé par Le Corbusier dans les années 30, qui contient les perles suivantes: « L’intérêt privé sera subordonné à l’intérêt collectif (…). L’emploi de styles du passé, sous prétexte d’esthétisme, a des conséquences néfastes. Le maintien de tels usages ne sera toléré sous aucune forme. » Suivent une ultracodification de l’aménagement de l’espace, qui se doit de délimiter en zones distinctes les activités des habitants, et pour lesquelles aucune « dérogation » ne sera accordée.

En applicant à la lettre ces préceptes généraux et tout de même franchement liberticides pour l’esprit de création et pour la vie tout court, on s’interdit l’initiative et le désir de donner une singularité, une identité propre à chaque quartier, qui ferait que les gens « sauraient » et pourraient expliquer immédiatement où ils habitent. On aboutit ainsi à des aberrations telles que des cités nommées selon le nombre de logements (exemple, la cité des 4000), ou encore les fameuses « dalles », célèbrées ces derniers mois à chaque fois qu’un candidat à la présidence y posait le pied, mais qui sont surtout des espaces panoptiques, où le piéton est exposé aux yeux de tous, contrairement aux rues des quartiers plus anciens. Cette surexposition, loin de créer un sentiment de sécurité, renforce au contraire les angoisses et pousse à accélérer le pas. 

Alors que faire? Le peinturlurage des tours ne suffit pas, et la destruction pure et simple des fameuses barres, transformée, selon Roland Castro, en un show médiatique « son et lumière » scandaleux, ne devrait concerner que le dixième des grands ensembles. On verra dans les prochains posts que les solutions existent. D’après Castro, elles sont essentiellement basées sur le désenclavage, le remodelage, le redécoupage, l’embellissement et la construction de petits bâtiments à côté des grands. Mais surtout, il affirme qu’il faut sortir l’urbanisme de l’idéologie de l’évènement, l’inscrire dans la durée (ce qui n’empêche pas la construction de structures d’urgence pour les sans-abri) et l’insérer dans une politique globale: « La ville est un ensemble qui concerne l’éducation, la santé, la culture, la police, le travail, l’urbanisme. Il suffit qu’un maillon de la chaîne soit défaillant pour que le tout cède ».

Raison pour laquelle il a fondé le MUC, le Mouvement de l’Utopie Concrète. La suite demain.

(merci aux journalistes-blogueurs Ahmed Meguini et Arnauld Champremier-Trigano pour m’avoir donné envie de m’intéresser de plus près à ce personnage).

mai 17, 2007 - Posted by | Coups de coeur

3 commentaires »

  1. faux sur le début : VLR est né après 68, le MLF avant.

    Commentaire par Annie | mai 17, 2007

  2. Je ne suis pas une spécialiste, mais ce n’est pas ce qui est écrit dans son bouquin, ni dans pas mal d’endroits sur le web. On parle de 1969 ou 1970 pour la création du MLF français à proprement parler, y compris sur le site du Mouvement pour le planning familial http://www.planning-familial.org/themes/theme14-histoireFemmes/fiche01Precision01bis.php . Mais il va sans dire que le mouvement des femmes existait bien avant d’être formalisé et baptisé.

    Commentaire par Clotilde | mai 18, 2007

  3. c’est vrai que j’en ai vu les précurtrices (???) dès 65/66, le mouvement lui-même avec ce nom p’t c’est vrai, en tout cas – mon humble avis – pas une émanation de VLR. Lui il a marqué ma vie privé parce que c’est à un procès flagrant délit en 69 que j’ai connu un mec qui a transformé ma vie, pas plus en public…. le reste seulement en privé…. après on a du se croiser dans diverses réu, mais mon nom de femme mariée (très connu par lui) s’est changé et il ne doit pas me connaitre sous ce nom, seulement femme de…

    Commentaire par Annie | mai 18, 2007


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