Le poisson zèbre

Un poisson zèbre en vadrouille

Un nouveau Sherman Alexie en mars!!

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Je viens d’apprendre que le nouveau Sherman Alexie va sortir en Mars! (enfin, aux US…il nous faudra attendre un peu).
ô joie!
Sherman Alexie, c’est qui?
On peut en savoir plus sur http://www.fallsapart.com , mais aussi lire ce que j’avais écrit sur le site les-marcheurs.net, il y a quelques temps. Mais c’est toujours valable et j’ai toujours autant envie de lui faire de la pub!!

Sherman Alexie voit le jour en 1966 dans la réserve indienne Spokane au Nord-Ouest des Etats-Unis. Parce qu’il est né hydrocéphale et a été opéré à plusieurs reprises, les médecins prévoient qu’il restera handicapé mental sa vie durant. Au lieu de ça, Sherman Alexie apprend à lire à trois ans, devient un champion de basket de son université et s’engage dans des études de médecine. Mais après trois évanouissements consécutifs en salle d’anatomie, il se tourne, heureusement pour nous, vers l’art en général et la littérature en particulier.


A 38 ans, Alexie est ainsi l’auteur de deux romans, Indian Blues et Indian Killer, et de nombreux recueils de nouvelles et de poèmes, qui lui ont valu une moisson de prix littéraires. Il a également gagné à quatre reprises le championnat international de vitesse de poésie (on tire un bout de papier avec un mot écrit dessus et on doit écrire un poème sur ce mot en deux heures ; y a que les américains pour inventer des trucs pareils ou bien… ?).
evan.jpg Mais ça ne lui suffit pas. En 1999, Alexie écrit un scénario tiré de plusieurs de ses nouvelles, qui deviendra, grâce à la collaboration avec le jeune réalisateur Cherokee Chris Eyre, « Smoke signals » (Phoenix, Arizona en français), remarqué par la critique et lauréat du prix du jury du Festival de Sundance.

« Smoke signals » (« Signaux de fumée ») a une construction classique : un road-movie dans lequel deux amis d’enfance, Victor et Thomas, partent de leur réserve pour rejoindre l’Arizona, où les attendent les cendres du père de Victor. Si Victor est bougon, costaud, bagarreur et porté sur la bibine, Thomas Builds-the-Fire, joué par Evan Adams, est tout son contraire. Orphelin sauvé d’un incendie par le père de Victor, élevé par sa grand-mère, Thomas est un type à part sur la réserve. Petit, les cheveux nattés et de grosses lunettes sur le nez, il est le portrait craché de sa grand-mère, même physiquement. Ce qu’il préfère : raconter, le menton haut, le sourire béat et les yeux fermés, des histoires aux gens. Ces histoires prétendument traditionnelles mais le plus souvent complètement inventées, sont en principe empreintes de sagesse, voire de morale. Ce côté « Danse avec les loups » horripile Victor et ses copains, pour qui Thomas fut à la fois l’ami et le souffre-douleur pendant leur enfance. Au cours du voyage, Thomas se lâche un peu, s’aperçoit que tout n’est pas qu’amour dans ce monde, et finit par enfiler le T-shirt « Fry Bread Power », devenu mythique depuis (double référence humoristique au Black Power et au pain frit, pour lequel chaque mère de famille indienne a son secret de fabrication jalousement gardé). Mais Thomas Buils-the-Fire ne se départira pas de son optimisme, et à la fin du voyage, on trouve un peu de Thomas dans Victor, et vice-versa.
« Smoke signals » n’est pas un road-movie comme les autres. D’abord parce que comme le dit Alexie, « les indiens ne sont pas joués par des italiens aux cheveux longs ». Mais c’est surtout parce que jamais les indiens des Etats-Unis n’ont été racontés de cette façon, bien au-delà des clichés, si ce n’est celui de l’humour dévastateur, qui serait donc bien une réalité (d’après Alexie, « l’humour tient lieu de self-défense sur la réserve »).

Les indiens sont donc des hommes et des femmes comme les autres qui ne détiennent aucun secret de spiritualité, n’en déplaise aux adeptes du New-Age qui chantent avec les coyotes et se baladent sur les réserves avec des cristaux magiques et de la compassion plein les poches, « guérissant » tout sur leur passage. Ces derniers personnages, bien souvent des femmes blanches, sont régulièrement mises à l’index dans l’œuvre d’Alexie, y compris dans son dernier recueil « Dix petits indiens », où une indienne des villes se moque de leur dévotion béate et leur « enseigne », dans sa propre maison, les secrets d’une sexualité épanouie au grand dam de son fils adolescent pudique.

Si dans ses premiers livres Sherman Alexie parlait plutôt de la vie sur les réserves (l’alcool, les fêtes, les bagarres, les voitures qu’on conduit en marche arrière parce que toutes les autres vitesses ne passent plus…), il se tourne maintenant résolument vers les « indigènes » vivant dans les villes et les décrit comme des individus aussi complexes et pétris de contradictions que n’importe qui. Des histoires de familles, d’amis blancs et indiens, d’intellectuels, d’ouvriers, de chauffeurs de taxis africains, de médecins, de gays, qui essaient de vaincre les stéréotypes et d’être seulement ce qu’ils sont. « J’essaie de décrire un monde réel avec imagination, plutôt qu’écrire sur un monde imaginaire ». Alexie est donc loin de l’œuvre magnifique mais nostalgique et idéalisée de N. Scott Momaday, un autre grand écrivain indien. Il ne tombe pas non plus dans le misérabilisme désespéré d’un David Trauer, puisque toutes ses histoires sont remplies de vie, d’amour et de franche déconnade, à l’exception « d’Indian killer », un roman très fort mais beaucoup plus dur, traitant de la difficulté d’être à cheval sur deux cultures.

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Ce qu’il veut c’est toucher le plus large public possible, de toutes les communautés, y compris les jeunes des réserves indiennes, envers lesquels il se montre très exigeant. Ainsi voudrait-il que ces jeunes soient ambitieux, et même « prétentieux » quant à leur avenir. Il les prend à parti au cours de lectures publiques de ses poèmes (vivantes comme ont pu l’être les lectures d’un Ginsberg peut-être), aide à la publication de textes écrits par de jeunes auteurs indiens, sans transiger sur leur qualité. Mais pour autant, il refuse toute idée de communautarisme qui équivaudrait à « vivre à côté » des autres populations de l’Amérique. Il refuse également d’être un porte-parole politique, d’être responsable de l’image de la réserve, ce qui l’empêcherait d’écrire tous les sentiments ambigus qu’il éprouve à son égard.

Un jour, pourtant, Sherman Alexie fut invité par Bill Clinton, alors président, avec d’autres personnalités issues de différentes « minorités » aux Etats-Unis. Ces discussions ont fait l’objet d’un programme de télévision, où Clinton jouait le rôle de modérateur. Avant l’émission, le président, qui fut tout de même le premier à se rendre en visite officielle sur une réserve indienne ( !), dit en souriant à Sherman : « Vous savez, je ne connais pas grand chose aux indiens. Tout ce que je peux vous dire c’est que ma grand-mère était à moitié Cherokee ». Au cours de l’émission, lorsque Clinton demande à Alexie si les non-indiens s’intéressent aux premiers habitants de l’Amérique, celui-ci répond : « Non, la seule chose qu’ils me disent c’est que leur grand-mère était à moitié Cherokee ». Et tout au long de l’enregistrement, il se tord le ventre de trouille en pensant : « je me suis foutu de la gueule du président, je me suis foutu de la gueule du président… » En sortant du studio, il rase les murs, mais Clinton, champion de jogging, le rattrape par l’épaule pour lui asséner un « Sherman, you’re fucking funny ! » libérateur.

« Je crois qu’il y a trois stades progressifs dans l’indianitude. Au premier stade, vous vous sentez inférieur parce que vous êtes indien. La plupart d’entre nous ne dépassent pas ce stade. Au deuxième stade, vous vous sentez supérieur parce que vous êtes indien, très peu de gens atteignent ce stade, et la plupart n’arrivent pas à le dépasser. Et il y a le troisième stade, où vous réalisez que les indiens sont juste aussi marteau que le reste de la planète. Ni plus ni moins. J’essaie de me maintenir dans ce dernier stade. Je peux, au cours d’une même journée, me trouver dans l’un ou l’autre des trois stades, mais j’essaie de passer le plus clair de ma vie dans ce troisième stade ». Sherman Alexie.

janvier 12, 2007 - Posted by | Coups de coeur

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